La volatilité est l’un des rares mots du vocabulaire financier à être passé dans la langue courante, où il a pris un sens vaguement négatif : un marché volatil serait un marché inquiétant. La définition technique est plus neutre, et plus utile. Elle ne dit pas qu’un actif va baisser ; elle dit qu’il bouge, et de combien.

Cet article explique ce que la volatilité mesure, comment on la calcule, ce qu’elle permet de comparer et les questions auxquelles elle ne répond pas.

Ce que la volatilité mesure exactement

Le point essentiel tient dans la dernière proposition. La volatilité est une mesure d’amplitude, pas de direction. Un actif qui progresse de façon régulière et un actif qui recule de façon régulière, avec la même irrégularité au jour le jour, présentent la même volatilité. Elle décrit la nervosité d’un prix, non sa trajectoire.

Cette neutralité explique pourquoi une hausse rapide fait autant monter la volatilité qu’une baisse rapide, ce qui surprend souvent lors d’un rebond de marché.

Deux séries de même moyenne et de dispersion différente Deux courbes oscillent autour d'une même moyenne de 100. La première reste comprise dans une bande de 4 unités ; la seconde parcourt une bande de 29 unités. Leur moyenne est identique, leur dispersion ne l'est pas : c'est cette dispersion que mesure la volatilité, et elle n'indique aucune direction.Faible dispersionAmplitude 4Forte dispersionAmplitude 298090100110120Moyenne 100Périodes successives
Deux séries de même moyenne et de dispersion différente Deux courbes oscillent autour d'une même moyenne de 100. La première reste comprise dans une bande de 4 unités ; la seconde parcourt une bande de 29 unités. Leur moyenne est identique, leur dispersion ne l'est pas : c'est cette dispersion que mesure la volatilité, et elle n'indique aucune direction.Faible dispersionAmplitude 4Forte dispersionAmplitude 2980100120Périodes successives
Les deux séries partagent exactement la même moyenne. Seule leur dispersion diffère, et c'est elle que mesure la volatilité — sans jamais indiquer dans quel sens les écarts se produisent.

Comment on la calcule

Le calcul le plus répandu part des variations quotidiennes d’un actif sur une période, en calcule la moyenne, puis mesure l’écart type de ces variations autour de cette moyenne. Un écart type élevé signifie que les variations quotidiennes s’écartent souvent, et fortement, de leur moyenne.

Ce résultat est ensuite ramené à une base annuelle, pour permettre la comparaison entre actifs et entre périodes. C’est la raison pour laquelle on lit qu’un actif présente une volatilité « de 18 % » sans autre précision : il s’agit d’une convention d’expression, pas d’une prévision de variation.

Le choix de la période d’observation modifie sensiblement le résultat. Une volatilité calculée sur trente séances réagit vite aux épisodes récents, et retombe aussi vite ; la même mesure sur un an lisse ces à-coups et met plus longtemps à refléter un changement de régime. Deux chiffres présentés côte à côte sans mention de leur période ne sont donc pas comparables, et l’écart entre eux n’a pas de signification en soi.

Volatilité historique et volatilité implicite

La volatilité historique se calcule sur des prix déjà observés. Elle décrit ce qui s’est passé.

La volatilité implicite se déduit du prix des options : elle correspond au niveau d’agitation que les prix de ces contrats laissent supposer pour la période à venir. Elle traduit une anticipation collective, ce qui ne la rend ni exacte ni garantie. Il arrive régulièrement que la volatilité réalisée s’écarte nettement de celle qui était implicite.

Ce que la volatilité change pour le risque

Une volatilité élevée élargit l’éventail des issues possibles, favorables comme défavorables. C’est en ce sens que la phrase souvent lue — une forte volatilité peut créer des occasions — reste vraie à condition de la lire en entier : le même élargissement s’applique aux pertes, et il s’y applique dans les mêmes proportions.

Deux conséquences pratiques en découlent, qui relèvent de la description et non du conseil.

La première tient à la taille des mouvements par rapport au capital engagé. Une variation quotidienne moyenne de 0,5 % et une variation de 3 % n’ont pas la même portée pour un même montant investi, et cette différence s’amplifie lorsqu’un effet de levier s’ajoute, comme c’est fréquemment le cas sur le marché des changes.

La seconde tient au moment. La volatilité n’est pas stable dans le temps : elle se regroupe par périodes. Les épisodes agités succèdent aux épisodes agités, les périodes calmes aux périodes calmes. Ce phénomène, décrit de longue date dans la littérature académique, signifie qu’une mesure prise en période calme sous-estime largement ce qui peut survenir ensuite.

Les limites de l’indicateur

La volatilité repose sur des données passées, ou sur des anticipations tirées de prix actuels. Dans les deux cas, elle ne prédit rien : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un régime de marché peut changer sans que l’indicateur l’ait signalé.

Elle traite par ailleurs les hausses et les baisses de la même manière, alors qu’un détenteur ne les vit pas de façon symétrique. Deux actifs de volatilité identique peuvent avoir connu des baisses maximales très différentes, information que la volatilité seule ne restitue pas.

Enfin, elle suppose implicitement que les variations se répartissent de façon régulière autour de leur moyenne. Les marchés produisent en réalité des mouvements extrêmes plus fréquents que cette hypothèse ne le laisse attendre, ce qui conduit à sous-estimer la fréquence des épisodes brutaux.

Ce qu’il faut retenir

  • La volatilité mesure l’ampleur des variations d’un actif, jamais leur direction.
  • Une hausse rapide augmente la volatilité autant qu’une baisse rapide.
  • La volatilité historique décrit le passé ; la volatilité implicite traduit une anticipation, qui se révèle souvent différente de ce qui survient.
  • Une volatilité élevée élargit l’éventail des issues dans les deux sens : les occasions et les pertes s’étendent dans les mêmes proportions.
  • Les périodes agitées se regroupent, si bien qu’une mesure prise au calme sous-estime ce qui peut suivre.
  • L’indicateur ne distingue pas hausses et baisses et sous-estime la fréquence des mouvements extrêmes.